Replacer la science au centre du village 

Nous sommes fiers de nous associer à Cité Anthropocène, au groupe de médias indépendant Rosebud Édition (Tribune de Lyon, Lyon Décideurs) et à la Fondation Innovation et Transitions pour lancer officiellement l’Odéon Club. Ce nouveau rendez-vous mensuel, organisé à la Comédie Odéon, a pour ambition de nous donner une longueur d’avance en réfléchissant collectivement, et rationnellement, aux grands enjeux qui façonnent nos sociétés.

C’est Bruno Lina, virologue, président de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et figure familière de l’ancien conseil scientifique du Covid-19, qui a ouvert le bal pour inaugurer en avant-première notre cycle « Vers une société désinformée ».

Retour sur un échange riche en enseignements sur les coulisses de la crise sanitaire, les dérives médiatiques et l’avenir de la recherche française.

1er avril 2026, Théâtre Comédie Odéon, Lyon

Plongé au cœur du réacteur lors de la sidération de l’épidémie de 2020, Bruno Lina a ouvert son échange au micro de Florian Fompérie, revenant sur les premières semaines de la crise du Covid-19. Le véritable défi pour les scientifiques a été de composer avec les sommets de l’État. Il a fallu instaurer un dialogue complexe avec des décideurs issus de cabinets ministériels aux profils souvent éloignés de la méthode scientifique.

Devant la saturation imminente des services de réanimation, l’urgence mathématique et sanitaire a dicté la mise en place du confinement, heurtant de plein fouet le calendrier politique.

« La décision n’était pas très simple, car elle se télescopait avec les élections municipales. La contestation était légitime : les scientifiques empêchaient la démocratie de s’exprimer. »

Pour autant, le virologue insiste sur la frontière indispensable qui doit exister entre science et politique. Lors du débat sensible sur la réouverture des écoles, le gouvernement a tranché pour une ouverture rapide, contre l’avis du conseil scientifique qui craignait une reprise épidémique.

« Il commençait à y avoir une vraie souffrance chez certains enfants éloignés de l’école. Le monde politique a donc décidé de rouvrir les écoles contre l’avis du Conseil scientifique, et ils ont eu raison. Le monde scientifique doit rester à sa place lorsqu’il s’agit de décision politique. »

Cette irruption de la science dans le quotidien des français a également mis en lumière le décalage abyssal entre le temps long de la recherche, bâti sur le doute, et l’immédiateté exigée par les médias. Etienne Klein parle d’ultracrépidarianisme : moins on connaît un sujet, plus on a l’impression que l’on peut dire des choses fortes dessus.

Cette confusion générale et ce manque d’acculturation à la démarche scientifique ne touchent pas que les plateaux télévisés, ils se retrouvent jusqu’au sommet de l’État. En tant que président de l’Université Lyon 1, Bruno Lina s’est fait le défenseur de la recherche publique souvent perçue par le monde politique comme une simple structure de coûts.

« 1 € investi dans une université rapporte 3 € à la société. C’est le meilleur endroit pour investir. »

Cette vision politique purement comptable engendre d’ailleurs un autre risque, celui de la survalorisation de la « recherche à finalité ». Contre l’utilitarisme à tout crin, Bruno Lina clôture cette première de l’Odéon Club en rappelant que les plus grandes innovations de rupture sont de purs produits universitaires, nés d’une recherche sans finalité marchande initiale.

 

Le véritable moteur d’un chercheur n’est pas la rentabilité mais la soif de générer de la connaissance. Une curiosité fondamentale qui, conclut Bruno Lina, « entraîne le monde derrière nous, le public vers cette envie de comprendre ».